Alors Colleag, ça vient d’où?

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Avant même de s’appeler Colleag, notre petite startup franco-américaine a connu une autre vie. Explications.

C’est marqué dans l’introduction, il faut traverser l’Atlantique pour trouver les origines de Colleag. En effet, j’ai choisi il y a sept ans jour pour jour *emoji festif* d’immigrer à Los Angeles pour tenter une aventure entrepreneuriale dans l’automobile.

Vous voyez les combis Volkswagen ? Oui oui, ces vans de hippies si populaires aujourd’hui que certains se vendent à plus de 150 000 €… (non, ceci n’est pas une blague). Eh bien les derniers survivants dans le monde sont sur la West Coast. En 2014, j’ai donc pris ma petite valise et direction les USA pour dénicher ces combis et les expédier vers l’Europe où mon associé de l’époque était chargé de la restauration et de la commercialisation de ces bus.

Seulement au bout d’un an, plusieurs signaux sont venus montrer qu’il serait difficile de construire un modèle pérenne, me poussant à chercher un plan B. Pas besoin de chercher bien longtemps, car trois jours après avoir posé le pied à LA, et ayant peu de moyens, j’avais essayé de trouver une solution de covoiturage ponctuel longue distance. BlaBlaCar ? Pas implantés aux États-Unis. Zimride ? Un service uniquement pour les étudiants inscrits dans les universités partenaires. Et le reste ? Bah rien, nada.

L’idée a donc toujours été là. Pas facile de sauter le cap de monter une startup quand on est immigré, avec un visa précaire, dans le berceau mondial du digital. On a tout simplement l’impression de ne pas être à sa place. I felt like I didn’t belong, dans la langue de Bret Easton Ellis (chacun ses références).

Et puis au printemps 2018, je reçois un email. « Your application to Cleantech Open has been approved ». Cleantech Open, c’est l’accélérateur spécialisé en énergies vertes du prestigieux MIT, pourtant très axé sur les produits très innovants issus de l’engineering. Malgré tout, notre modèle leur a tapé dans l’œil. C’est alors que la petite équipe en charge de Colleag s’est affairée à transformer une idée en une plateforme digitale 100% fonctionnelle.

Alors on fait comment quand on n’a pas d’argent (mais alors pas du tout) ? Tout d’abord on ravale sa fierté : Je fais un GoFundMe et sollicite l’aide de mes « amis » sur les réseaux sociaux. J’y explique que je suis parti aux USA parce que mon précédent fournisseur français m’avait volé 272 000 € en 2013, qu’une fois à LA j’ai squatté des canapés et que j’ai même passé plusieurs semaines à dormir sur mon lieu de travail dans une cabine d’essayage sans douche à Beverly Hills. A ma grande surprise, je me retrouve avec de simples connaissances qui participent, des camarades de promo perdus de vue à l’autre bout de la planète, et un grand nombre de proches et moins proches tous bienveillants qui m’aident à obtenir les $2 500 qui permettent de démarrer. J’en profite pour remercier une fois de plus tous ceux qui ont participé. Puis je ravale ma fierté une seconde fois en sollicitant ma famille. Ça permet de voir ceux qui ne vous aiment pas, c’est pratique en plus. Et j’enterre ma fierté une troisième fois quand j’emprunte de l’argent à un ami…

Et en mai 2019, on sort enfin notre service de covoiturage RideSVP. Enfin on va pouvoir se confronter aux vrais utilisateurs auprès de qui on fait du teasing depuis des mois. L’accueil est bon, mais le modèle économique est trop compliqué. Les efforts pour convertir 2 personnes faisant le même trajet le même jour à la même heure pour 2 ou 3 dollars de commission sont bien trop importants. Il faut atteindre un seuil de masse critique tellement haut que cette guerre qui commençait à peine s’annonçait perdue d’avance, surtout sans budget marketing…

En revanche, participer à des évènements, promouvoir la solution, ça attise la curiosité. Qui sont ces Frenchies qui veulent nous faire partager nos sacrosaintes (motherf*cking) voitures avec des inconnus ? À notre grande surprise ce sont les très grandes entreprises qui viennent à nous pour qu’on propose le covoiturage à leurs employés pour leurs trajets domicile-travail.

Ça fait deux ans que vous travaillez pour faire sortir de terre un projet et on vous dit de tout revoir (modèle, cible, outil) au bout de seulement 2-3 mois ? HELL NO !!! Et puis pour paraphraser l’excellent film Slevin (Lucky Number Slevin en anglais) : Si quelqu’un te traite de cheval, insulte le. Si une deuxième personne te traite de cheval, insulte la. À la troisième personne, il est peut-être temps de t’acheter une selle.

On commence donc à plancher sur un modèle de covoiturage quotidien à destination des entreprises qui soit différenciant, innovant, et qui permette d’ancrer la mobilité quotidienne éco-responsable dans les engagements RSE des employeurs. On présente le concept au CES de Las Vegas en janvier 2020 et bim! On gagne le Climate Change Innovator Award. Enorme coup de projecteur sur RideSVP, on commence à avoir des contacts concrets et un pilote dans les tuyaux pour avril, avec un très grand studio de cinéma de Los Angeles. Et en mars, coronavirus, pandémie, confinement, etc… Patatras ! (L’utilisation de ce genre d’expressions me fait prendre conscience que je n’ai plus vingt ans…) *soupir*

De mon côté, j’étais rentré dans ma Franche-Comté natale en juin 2019 un mois seulement après le lancement de RideSVP. La vie ne m’a clairement pas fait de cadeaux à cette période. Parents malades (même très malades), divorce, fin de visa, dettes importantes, santé fragile, il était temps de rentrer après 5 ans à galérer. Seulement trois jours après avoir posé le pied sur le sol français à nouveau, je trouve le travail idéal : Program Manager aux Docks Numériques, un accélérateur de startups basé à Dijon. Ils me laissent travailler sur RideSVP le soir et le week-end, j’utilise mes congés pour faire des voyages à Los Angeles et Las Vegas et l’expérience accumulée outre-Atlantique me permet de plutôt bien me débrouiller à ce poste.

Et puis quand la pandémie frappe, chômage partiel, et j’ai pris de temps de revenir sur les derniers mois avec un questionnement incessant : Pourquoi assister les porteurs de projet dans leur aventure quand je pourrais passer ce temps sur MON projet ? Rupture conventionnelle en juin 2020, on se quitte bons amis.

En revanche, la gestion de la pandémie pousse la question de la légitimité à court terme d’attaquer le marché américain. En analysant les marchés suisses et français, il s’avère que notre modèle de covoiturage domicile-travail collaboratif, destiné aux entreprises d’une même zone d’activité, prend également tout son sens en France et en Suisse.

Et depuis un an, c’est la course : Nouvelle équipe (malgré la présence d’Antoine Lejeune et Gregory Fourel, 2 anciens membres de RideSVP), nouveau nom Colleag, nouvelle identité visuelle, conception et développement d’un tout nouvel outil ne reprenant aucun élément de la plateforme précédente, incubateur, nouvelle segmentation, stratégies, plan de financement, communication, recherche de partenaires, salariés, etc… tout y passe.

Ce qui nous a permis de démarrer (avec fierté) la phase de prospection/commercialisation de Colleag auprès des industries de plus de 200 salariés en Suisse et en Bourgogne Franche-Comté cette semaine. Les premiers retours sont très bons, les prochaines semaines vont être capitales pour notre développement…

It’s been one hell of a ride !! Souhaitez-nous bonne chance !!

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